Lost Planet 3

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L’espoir est toujours permis ! C’est ce que Dead Space 3 m’a récemment rappelé : un jeu EA, vendu de la manière la plus vulgaire possible (si on omet Medal Of Honor : Warfighter) commençant par la première heure de jeu la plus pénible qu’on ait vu ces dernières années et qui pourtant se révélait être une excellente expérience horrifique en coopération. Puisque j’avais redonné une chance (gratuitement) au bébé de Visceral Games, je me suis laissé rêver. J’ai décidé d’acheter l’autre jeu de science-fiction prenant place sur une planète enneigé et sorti dans l’anonymat le plus complet en 2013 : il s’agit de Lost Planet 3. J’ai bien sûr été trop optimiste. Quelle chance y avait-il que Spark Unlimited, développeur de deux des pires FPS de la génération HD, à savoir Legendary et Turning Point : Fall of Liberty, soit capable de faire réellement un bon jeu une fois dans sa vie ?

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Jim « Nicolas Cage » Peyton

À ma décharge, le premier épisode était et demeure un excellent jeu d’action avec pas mal d’idées, notamment la gestion de la température liée à la planète gelée. Mélangeant le jeu de tir run and gun en 3D à l’utilisation régulière de mechas, ces énormes robots pilotables, le jeu avait de la personnalité malgré un manque de cachet esthétique. Le second opus avait viré à la coopération en ligne complète ; pas forcément désagréable, le jeu n’était pas inoubliable non plus. Pour ce troisième opus, la production de Capcom s’est donc tourné vers « l’expertise » occidentale…en choisissant un développeur de seconde zone qui prouve définitivement que même avec des moyens, ils ne savent pas faire de bons jeux vidéo, encore moins lorsqu’ils sont scénarisés. Dès le début du jeu, on sentira qu’il y a un poil de pubis dans la soupe. Le héros, Jim Peyton, ressemble à quelqu’un que je porte particulièrement dans mon cœur et que je considère comme mon acteur préféré dans les bons comme dans les mauvais films. Oui Jim Peyton ressemble à Nicolas Cage. Malheureusement, c’est bien le Nicolas Cage de Hell Driver et non celui de Raising Arizona. Car si le jeu peut se vanter d’une chose, c’est de parvenir à être un nanar de volée internationale. Souvent les jeux à gros budget se contente d’être moyens ou médiocre sur le plan scénaristique. Lost Planet 3 va plus loin et décroche le jackpot : mise en scène ringarde, doublages avec accents racistes toutes les demies-heures, dialogues monstrueusement cons et twists scénaristiques à la fois non-sensique et prévisible (ce qui n’est pas facile à faire). Un cocktail imparable qui déclenchera des réactions aussi éloignées que l’hilarité, la colère ou la consternation complète.

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La qualité des personnages n’a d’égal que celle des dialogues qu’ils délivrent. C’est navrant de A à Z…on perd littéralement des neurones à les écouter parler.

L’histoire de base aurait pourtant fait un thème de science-fiction plus que correct. L’humanité se déchire sur Terre à cause d’une crise énergétique sans précédent, due entre autre à la fin du pétrole. Sur la planète lointaine et gelée EDN III, l’énergie thermique (appelée thé-en) est découverte par une entreprise de forage. Seul problème : elle est liée à la faune locale dont c’est l’équivalent du sang. Le scénario rappelle étrangement Avatar de James Cameron, mais avec la dimension « sauvetage de l’humanité » qui justifie le rapt complet de la planète. Sauf que le jeu ne parvient jamais à faire quoi que ce soit de ce scénario. Et comment le pourrait-il avec un héros aussi consternant de débilité. Nic…euh Jim passe son temps à rappeler qu’il est juste des bras, l’homme à tout faire de service incapable de comprendre le charabia scientifique et tout juste bon à tirer sur des animaux et à manipuler son énorme mécha. Le seul affect que l’on pourra avoir avec lui vient de sa relation avec sa femme.

Bien qu’il s’agisse de l’amour le plus cliché que Hollywood puisse pondre dans le plus banal de ses films d’action, le jeu parvient assez efficacement à nous faire ressentir l’éloignement du héros d’avec sa femme et son enfant. En plus des cinématiques que j’ai déjà taclé pour le ratage qu’elles représentent, le jeu propose des logs à lire mais surtout des messages vidéos qui composent l’entièreté des échanges que peuvent avoir le héros et sa femme. Parfois, lors d’un chargement entre deux zones, on le verra enregistrer une vidéo pour lui parler de tout et de rien. Parfois, c’est lui qui recevra une vidéo que l’on pourra revoir à sa guise par la suite depuis son mécha…mécha dans lequel une petite photo d’identité de sa femme est accrochée. En bref, la motivation du héros à se traîner ce qui est une corvée pour lui et pour le joueur (j’y viens juste après) est en permanence là, ce qui est toujours plus que la plupart des jeux du genre où l’on se demande bien pourquoi le héros ne rentre pas chez lui. Jim est là pour l’argent et pour donner une vie décente à sa famille. Ce n’est peut-être pas le meilleur choix puisqu’il est en contrepartie très loin d’eux ; c’est un dilemme que le jeu met au moins en avant régulièrement.

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Nous faire comprendre les motivations du personnage via des échanges de vlogs avec sa femme est une bonne idée. Cependant, aucune nuance dans leur relation: c’est de l’amour inconditionnel et sans faille.

Il reste que, mise à part cette relation, clichée mais au moins fonctionnelle pour le scénario, Lost Planet 3 est un irrémédiable nanar. Just Cause 2 était parvenu à s’en accommoder dans une certaine mesure. Qu’est-ce qui empêche Lost Planet 3 d’y parvenir ? Le gameplay tout simplement.

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Le jeu est structuré autour d’un hub central, une base qui à la manière d’un Normandy SR1 pour Mass Effect, servira à parler à quelque PNJ pour se faire confier une mission ou à améliorer son équipement. Autour de ce hub, il y a différentes zones qui sont à la fois trop restreintes en terme de taille pour que l’on ressente l’évasion d’une planète immense, mais assez grande pour que naviguer de l’une à l’autre soit laborieux. La raison à cela est que le mécha avance assez lentement, que les ennemis qui peuplent chaque zone sont toujours les mêmes lorsque l’on revient dans la zone et enfin que les zones sont séparées par des chargements relativement longs compte tenu de leur fréquence. On se soulagera toutefois de quelques allers-retours grâce à un système de voyage rapide qui arrive à la moitié du jeu. J’ajouterais que le jeu tente, comme je le disais plus haut, d’occuper quelques chargement avec des petites animations du héros dans son mécha qui tantôt regarde une vidéo de sa femme, tantôt boit un café, tantôt dort. Il reste que la structure, qui rappelle énormément Monster Hunter, n’est pas du tout à l’avantage du jeu, notamment à cause de la lourdeur des déplacements. Il fallait un vrai monde ouvert d’un seul tenant et le jeu a raté ce coche.

Lost Planet 3 manque donc de nervosité. On pourrait éventuellement lui accorder qu’une machine aussi énorme que le mécha du héros ne puisse pas courir à une vitesse trop élevée. Cependant, le jeu aurait du permettre un dash vers l’avant ou une option de sprint quelconque (même temporaire) pour faciliter la tâche du joueur. À pied, le constat est étrangement le même. On ne ressent pas particulièrement la lourdeur de l’armure d’un Dead Space par exemple, mais simplement une certaine mollesse de la part du héros ; la différence minime entre la course et le sprint n’aide d’ailleurs pas. Pour ce qui est du combat, mécanique centrale du jeu, c’est encore mitigé. Lost Planet 3, du fait qu’il rapproche la caméra de son personnage perd une partie de la fluidité de tir des deux opus précédents. Ici, on a l’impression d’être dans un TPS assez basique et en conséquence, on n’utilise peu ou pas le tir à la hanche qui était pourtant la base du style de combat de la série. À l’épaule, le jeu manque de punch et les tirs ne sont pas très satisfaisants en terme d’impact. Lorsque l’on remonte dans son mécha, on ressent un peu plus la puissance, mais c’est alors l’imprécision qui gâche les affrontements. La plupart du temps, le jeu pallie à ça avec…des actions contextuelles.

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La mollesse des contrôles associée à une caméra un peu trop proche du personnage et des sensations de tir moyennes donnent un TPS pauvre en plaisir de jeu. En plus Lost Planet 3 abandonne l’idée de la jauge de température qui donnait du piment au premier.

Tout cela est dommageable, mais en toute honnêteté, on pourrait s’accommoder de ces sensations moyennes. Car étrangement, le jeu fait un office assez remarquable pour nous faire ressentir l’aspect travail des activités de Jim Peyton. Non pas que toutes les missions ressemblent à un job plus qu’à du jeu. Simplement, sa structure initiale laisse pas mal de place à l’idée d’être vraiment un homme à tout faire pour une base en mélangeant habilement les quêtes secondaires (aller planter un puit de thé-en, vider une grotte de ses occupants etc) et principales qui concernent le scénario. Lors des trois ou quatre premières heures de jeu, j’avais l’impression de jouer les coulisses de Noveria1. Seulement encore une fois, l’aspect laborieux est rendu trop prégnant à cause d’une erreur de game-design qui cette fois-ci est fatale à Lost Planet 3 : le jeu est trop long.

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Il y a un côté sympathique dans la sensation d’être le super mécano d’une base sur une planète éloignée. Mais c’est rendu beaucoup trop laborieux. (RAF: notez au passage la petite photo de la femme du héros dans le cockpit)

Tout dans Lost Planet 3 prend trop de temps à faire. Se déplacer vers une mission prend trop de temps à cause du mécha et des chargements. Aller parler à quelqu’un dans la base prend trop de temps à cause de la taille de la base, ridiculement grande et labyrinthique. Surtout, combattre prend trop de temps à cause de la résistance des ennemis. Les créatures de petites tailles peuvent être éliminées rapidement. Mais dès qu’il s’agit d’un monstre au point sensible visible (brillant en rouge orangé comme dans tous les jeux Capcom) vous pouvez être sûr que c’est plusieurs minutes qu’il faudra pour l’abattre. Et c’est là que le jeu se tire une balle dans le pied : il n’est pas dur, simplement atrocement laborieux. Finir un combat ne requiert jamais réellement de compétence incroyable de la part du joueur. Un peu de bon sens et de timing tout au plus. Simplement, l’endurance est constamment mise à l’épreuve. Les boss notamment sont studipement long et le jeu se passant de barre de vie, on est en plus dans la constante expectative ; va-t-il enfin mourir ? Une question récurrente pendant les quinze heures de jeu…cela semble peu, mais le temps semble plus long quand tout est un peu plus exténuant.

Pour finir, je dirais que s’il reste assez joli, le jeu n’offrira pas non plus une direction artistique tellement renversante que l’on voudra absolument voir le prochain tableau de maître qu’il nous exposera. Le héros ressemble à Nicolas Cage, c’est un plus. Mis à part cela, le casting ne fait pas rêver. Les panoramas peuvent être impressionnants mais les monstres manquent de créativité. De plus, après la beauté indéniable de Dead Space 3 sur le plan technique, Lost Planet 3 peine un peu à avoir l’air impressionnant ; d’autant plus que Spark Unlimited semble avoir bâclé la fin. Ça reste très propre, mais plus on avance et plus les textures mettent du temps à charger. La bande son en revanche est vraiment bien composée. Les nappes sonores electro forment un mélange assez digeste entre Tron et Prometheus, et le jeu n’hésite pas à nous balancer un peu de folk blues voir de country que l’on pourra d’ailleurs écouter dans le mécha.

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La direction artistique s’en sort avec les honneurs.

Si je devais résumer Lost Planet 3 en un mot, je dirais qu’il est exténuant. Exténuant de bêtise d’abord. Avec son héros en mousse, con comme une pelle mais pour de faux, réminiscence des films d’action moyen des années 80-90, il n’arrive jamais à nous faire apprécier son scénario qui a pourtant des enjeux sympathiques. La révélation de mi-parcours en touche une sans faire frémir l’autre et pour cause, tous les personnages sont tellement clichés ou idiots ou doublé de manière tellement hilarante (ou les trois) que l’on ne parvient jamais à s’attacher à eux. Et quand le second personnage le plus important du jeu dit des choses comme : « Je vous ai sauvé pour vous empêcher de mourir » puis « il nous guide parce que c’est un guide » le jeu ne peut plus espérer que l’on s’inquiète de son sort. Exténuant de mollesse ensuite, à cause de sa jouabilité qui manque de réactivité, de ses combats beaucoup trop longs contre des boss sans personnalité et de sa structure répétitive à la longue. Il y avait pourtant du bon dans tout cela, de la relation du héros à sa femme, en passant par l’univers de science-fiction sympathique, aux moyens développés pour rendre le jeu agréable à l’œil. Seulement voilà, Spark Unlimited n’a pas de talent. Avec toutes les cartes en mains, ils n’ont réussi à qu’à faire un jeu ennuyeux, long et épuisant que je vous conseille fortement d’éviter, malgré sa qualité nanardesque indéniable.

1Noveria est une planète gelée que l’on visite dans le premier Mass Effect et qui abrite un énorme complexe scientifique.

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9 réponses à “Lost Planet 3

  1. Cette purge ce Lost Planet 3 ! Il a bien confirmé que cette série semblait destinée à disparaître sans laisser trace de son existence.

  2. Bah j’aime bien le premier et…(kinda) le second aussi je suppose. Mais clairement c’est pas la meilleure licence de Capcom et en plus donnée à des branquignoles comme ces développeurs, ça donne de la méga mélasse.

  3. Le premier était cool en effet ! Vraiment cool. Le deux m’a gavé. Et le trois mon dieu, quelle horreur.

    Pourtant la série avait de quoi séduire, un côté scoring old-school qui pouvait etre très très fandard a plusieurs.
    Mais v’la les bras cassés qui se sont occupés du projet au final.

  4. Tu me donnerais presque envie de le faire! Entre le coté « drôle » et la relation normale entre un homme et une femme (parce que dans 3/4 des jeux on n’est jamais marié (pas à une vivante en tout cas) et on s’envoie juste une nana avant d’aller tuer le boss de fin), ça pourrait être sympa… si c’était gratuit avec le PSN+ =p
    Quand même « Il nous guide parce que c’est un guide », ça m’a juste tué! Comment on peut écrire des trucs comme ça sérieux? xD
    C’est triste quand même, Lost Planet était une bonne licence à la base, j’avais même pris ma 360 juste pour ce jeu! Le premier était sympa, mais après ils sont partis dans tous les sens (le deuxième juste en coop, celui la qui avait l’air de lorgner sur le survival, l’autre en mode animation japonaise…). Au final on a pas l’impression d’avoir une licence, mais juste une série de jeux très différent faits dans le même univers. Bref, ils feraient mieux d’abandonner la licence, parce qu’à chaque nouvel épisode c’est plus mauvais…

  5. C’est vrai que c’est tentant, mais il est trop long pour arriver à juste l’apprécier pour le côté nanar XD N’empêche j’aimerais bien refaire le premier.

  6. Le début je trouvais l’histoire sympa à suivre (après je sais pas), mais le gameplay plus le LD, tu as parfaitement résumé. C’est laborieux.

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