Freedom Cry

Assassin's Creed® Freedom Cry_20140916154528

Assassin’s Creed IV : Black Flag – Freedom Cry est un bon jeu. Oui, je sais que cela va faire drôle à beaucoup de personnes et je suis le premier surpris d’écrire une chose pareille.

Freedom Cry est un contenu téléchargeable initialement lié à Assassin’s Creed IV, mais rendu stand alone – on peut l’acheter sans posséder le jeu original – à l’instar de Blood Dragon, l’extension loufoque de Far Cry 3. Je n’ai personnellement pas essayé le quatrième volet des Assassin’s Creed. Si vous suiviez mon blog avant son déménagement sur la plateforme WordPress, vous savez pourquoi : Assassin’s Creed III était une véritable purge. Mal foutu de A à Z, toujours perclus de défauts de maniabilité rendus encore plus ingérables par une simplification des commandes, mené par un scénario dont les protagonistes principaux peinaient à faire sentir les enjeux et, par dessus le marché, bourré de bugs graphiques et de contrôles au moment de la sortie ; il m’a tout simplement fait supprimer toutes les sauvegardes de la saga dont j’adore pourtant les deux premiers opus. Perte de confiance oblige, je n’ai pas souhaité payer la quarantaine d’euros demandée pour la suite. Quand bien même, l’ambiance pirate et le focus sur les phases en bateau – la meilleure partie de ACIII et de loin – me plaisaient beaucoup. J’ai donc craqué pour cette extension à la place. Plus courte, moins chère et étrangement bien plus intrigante pour son point de départ.

Assassin's Creed® Freedom Cry_20140917153644

Le pitch est simple. Vous incarnez Adéwalé, ancien esclave qui s’est libéré des champs de maïs français en s’embarquant sur un bateau pirate. Des années après avoir servi sous les ordre d’Edward Kenway, héros d’Assassin’s Creed IV, il se fait lui-même capitaine et forme un équipage d’anciens esclaves dont la mission sera l’indépendance de leurs frères noirs à Saint-Domingue. Le jeu nous met donc dans la peau d’un assassin de couleur en quête de libération d’un peuple. Un contexte casse gueule, mais pour le coup assez bien géré.

Grâce à son histoire, le jeu n’a pas l’un des problèmes majeurs d’Assassin’s Creed III, à savoir le manque de focus. Dans Freedom Cry, les missions sont orientées vers un but : la libération des esclaves. Les camps paumés au milieu de la frontière ? Ils sont remplacés ici par des champs de maïs ou de coton surveillés par des gardes qui s’assurent que tout le monde travaille. Les batailles navales ? Elles se destinent à la fois au voyage et au secours de bateaux chargés de marchandise humaine. Les événements aléatoires ? De même, ils sont toujours en lien avec l’esclavagisme ; des personnes enfermées dans des cages, subissant une brimade quelconque, prêtes à être vendues ou simplement en fuite et poursuivies par leur maître. On tentera de les sauver plus ou moins discrètement. Quant aux phases hors de l’Animus 2.0, elles disparaissent purement et simplement dans cette extension. Pour le dire clairement, parce qu’il est court et condensé – il n’y a  »que » neuf missions de scénario – Freedom Cry ne perd jamais de vu son sujet. Et comme l’une des choses que l’on a rarement pu reprocher à la saga, à savoir sa qualité de reconstitution d’une époque, se vérifie encore pour cet opus, on a pratiquement l’impression de jouer à Django Unchained : Caraïbean Edition. Entrer dans un champ pour libérer tout le monde et entendre les chants des esclaves en train de travailler, c’est tout de même un énorme plus.

Techniquement, le jeu est splendide sur PlayStation 4. On perçoit un tout petit peu d’effet de crénelage sur les traits les plus fins du bateau comme les cordages et, très rarement, on peut observer un ou deux effets d’eau étranges sur la plage. Cela reste du vrai pinaillage. On sent clairement qu’il ne s’agit pas d’un moteur nouvelle génération, mais le résultat reste magnifique dans la gestion de l’eau, des lumières, du cycle jour/nuit, de la météo avec ses orages vraiment impressionnants ou de la distance d’affichage bien gérée, bien qu’un peu courte en bateau pour une raison que j’ignore. Seul chose qui me chagrine un peu, les ciels manque de netteté et n’ont pas le cachet d’un GTAV ou d’un Red Dead Redemption malgré leurs jolis couleurs.

Assassin's Creed® Freedom Cry_20140918003031

Assassin's Creed® Freedom Cry_20140917001117

Assassin's Creed® Freedom Cry_20140917152918

Le jeu est vraiment beau malgré l’utilisation d’un moteur un peu vieillissant.

Artistiquement c’est aussi très réussi. Adéwalé a de la gueule et est sacrément baraqué. Il pourrait chanter Kiss From A Rose que personne n’y trouverait rien à redire. J’ai toujours un bémol sur les vêtements d’assassins alambiqués et peu pratiques pour nager ; ceci dit, la nouvelle tenue est un peu plus adapté à son héros et à son environnement. Pour finir, la partie sonore est de qualité. Les thèmes typés pirates sont entraînants, les champs plus africains donnent une couleur (sans jeu de mot malheureux) à la bande originale et si vous basculez le jeu en anglais, les accents français sont assez drôles, et pas forcément dans le mauvais sens du terme d’ailleurs.

Tout cela a l’air alléchant n’est-ce pas ? Mais ce qui a fait quitter avec rage la série Assassin’s Creed sur le troisième opus, ça n’est pas tant l’histoire qui partait en sauce depuis quelques épisodes déjà. Non le problème, c’était le gameplay qui n’était pas bon ou plutôt pas adapté à ce qu’il était demandé de faire au joueur. Encore une fois, Freedom Cry brille par sa lucidité sur ce point.

Assassin's Creed® Freedom Cry_20140916154644

Les neufs missions principales oscillent entre très bonnes (celle-ci est sympathique en terme de contexte et de jeu) et moyennes, mais au moins aucune n’est frustrante…

Qu’on s’entende, les approximations de la  »navigation à pied » sont toujours là. On continu à s’aimanter sur des caisses – encore que l’effet soit nettement moins aberrant que dans ACIII – et simplement descendre d’une palissade est toujours un choix entre s’accrocher à la dite palissade et perdre un temps fou, ou se jeter en avant sur cinq mètres pour se prendre une maison dans la face. SAUF QUE ! Sauf que Freedom Cry ne se déroule pas dans des environnements blindés d’objets au sol qui pourrait provoquer des crises de panique à Connor Kenway. Le peu de fois où l’on a à courir pour s’échapper, c’est à Port-au-Prince quand on libère des esclaves de manière aléatoire. Aucune mission principale ne nous impose une séquence de parkour. Le jeu a même palier à la course-poursuite en mettant des cachettes à peu près partout où cela est possible en ville : buisson, botte de foin, tas de feuilles, placard, fenêtres ouvertes etc. On a toujours le choix de se cacher et d’attendre plutôt que de criser à courir contre les murs. Cela ne veut pas dire que le système de déplacement ne marche jamais et les quelques fois où on s’en servira librement cela pourra même redevenir drôle. Cela signifie simplement que le jeu est structuré de manière à ce qu’on n’en voit pas rapidement les limites…même en sachant parfaitement qu’elles sont là. Le dosage est bon.

Assassin's Creed® Freedom Cry_20140916230756

On n’est pas abreuvé de missions lourdes ou la désynchronisation est constante. Du coup, le peu qu’il y a ne pose pas de souci particulier voire se montre amusant à faire. Je vous jure!

Autre exemple de détournements, les campements d’Assassin’s Creed III remplacés par des champs ouverts. Ils pouvaient se révéler être des plaies pour l’infiltration parce que le joueur ne pouvait pas s’accroupir de son propre chef – brace yourself people, Watch_Dogs l’a fait – et aussi parce qu’il y avait des bâtisses qui ne cachaient pas réellement le joueur. On pouvait se faire détecter comme un benêt parce qu’on essayait simplement de descendre discrètement d’un bâtiment et le campement virait à la boucherie. Les champs en revanches sont…des champs. On ne peut certes pas s’accroupir soi-même, mais il y a du maïs partout qui permet au joueur de rester caché et de progresser discrètement. On peut siffler pour faire venir les gardes. On peut utiliser de nouveau les fléchettes à corde pour tirer les ennemis vers soi. On peut utiliser des fléchettes tranquillisantes ou berskerk qui rende l’ennemi fou de rage. Et le seigneur Ubisoft a même entendu nos prières car, on peut viser à l’épaule avec la sarbacane ou le tromblon. Fini le système de visée à distance automatisé qui ne vise rien du tout à moins que l’on voit le blanc des yeux de la cible. Pour ce qui est du reste, à savoir les combats et la partie navales, c’est peu ou prou ce que l’on avait dans Assassin’s Creed III en légèrement plus léché.

Les combats sont souvent du contre/meurtre ou de l’esquive/meurtre. Les ennemis sont toujours bêtes à manger du foin à nous attaquer un par un, certes. C’est d’autant plus notable que ces gentlemen crient des choses comme « Des deux côtés en même temps ! » ou encore « Prenez-le par le flan ! », conseils stratégiques qu’ils ne suivent évidemment jamais. Mais ça n’est pas bien grave dans la mesure où les duels sont jolis et ne hachent pas le rythme ; c’est toujours sympathique de voir Adéwalé briser la nuque à un enfoiré de négrier qui battait un frère deux secondes plus tôt. Comme le système de visée fonctionne, on peut même intégrer assez naturellement un fusil tombé en plein milieu d’un combat pour achever un dernier ennemi – bon courage pour faire la même chose sur ACIII.

Quant au bateau, il se conduit toujours avec un bon mélange d’arcade et de lourdeur propre à un vaisseau de cette taille. Les batailles navales sont épiques comme jamais. On tourne, on se place, on tire, on essaye de sortir de la portée des canons de l’adversaire, on largue des barils explosifs pour échapper à un poursuivant. Ça fume, ça éclabousse et ça crie – sur PlayStation 4 en plein orage, c’est juste incroyablement prenant. Le jeu rajoute à cela les abordages qui n’étaient que scriptés dans Assassin’s Creed III. Désormais si l’on abîme suffisamment un navire, on a le choix de continuer à lui tirer dessus pour qu’il coule ou de s’en approcher pour l’aborder. Comble du délire, on peut même s’accrocher à une corde de son bateau pour se balancer de l’autre côté et atterrir sur le visage d’un pauvre matelot adverse. Une fois une partie de l’équipage mis hors d’état de nuire, on pourra choisir de tuer le reste des occupants et de réparer son vaisseau à l’aide du bois du bateau adverse ou bien de les laisser vivre de manière à baisser son indice de recherche. En effet, si l’on commence à aborder n’importe quel vaisseau, on s’attire les foudre des marines anglaise ou française qui n’hésiteront pas à envoyer des bateaux de chasse dont la seule mission est d’emmener votre équipage par le fond.

Assassin's Creed® Freedom Cry_20140916131000

La partie navale est une réussite quasi complète. Que cela soit la navigation, les combats ou les abordages, ce n’est que du plaisir.

Dernière chose, il y a quelques activités annexes qui n’ont pas rapport avec le scénario du jeu. On peut chercher des trésors sur des petites îles. Quand je dis chercher, j’entends arriver sur la plage, faire trois pas et ouvrir le coffre. La manie des objets à collectionner est toutefois largement revue à la baisse puisque l’on est sur un DLC et que la zone n’est pas gigantesque – encore qu’elle soit amplement suffisante pour ce qu’on y fait. On peut également faire de la plongée. À ma connaissance il n’y a qu’une séquence comme celle-ci dans cette extension. En somme on se place à un endroit marqué sur la carte et on est largué sous l’eau avec une cloche qui contient de l’air ; on explore ensuite la zone pour un  »secret » et quelques trésors de plus tout en esquivant la mort par requin. L’idée est en fait assez ingénieuse mais manque de liberté. Enfin, on a le droit à quelques séquences de pêche au gros et…bon sang que c’est graphique en terme de violence. Si vous avez joué à Resident Evil 4, imaginez simplement le boss du lac, El Lago. Le gameplay est le même et nous permet de mettre à mort un requin marteau, un grand blanc, un orque ou encore un baleine à bosse. Un ajout très sympathique, mais forcément, au vu de la taille des animaux, ce sont probablement les moments les plus gores du jeu…et paradoxalement les plus dérangeants.

Assassin's Creed® Freedom Cry_20140917140527

Assassin's Creed® Freedom Cry_20140917140545

Les séquences de pêche au gros sont tout droit pompées de Resident Evil 4. Il y a pire comme inspiration, remarquez…

Assassin's Creed® Freedom Cry_20140917140636

Le gouvernement japonais approuve officiellement ce jeu.

Je pense que vous aurez aisément senti mon enthousiasme. J’y ai pris énormément de plaisir et de ce que j’ai joué de la série (tout sauf le quatrième opus), ce Freedom Cry est mon second préféré, après le souvenir que j’ai d’Assassin’s Creed II. Il a tout ce qui agace dans la saga depuis des années en terme de gameplay, mais s’arrange pour que ça ne soit jamais frustrant. Il change son level-design, fait quelques ajustements de contrôles bienvenus et il met en avant ce qui marche dans le dernier opus et évite les bugs1. Surtout, par sa qualité d’extension se permet différentes choses qui le rendent meilleur : il est  »court » et évite la lassitude, la répétitivité et l’ennui d’un jeu très long et dilué, et il se focalise sur une histoire et un thème qui baignent presque tout ce que l’on fait dans le jeu. Bien sûr, j’aurais aimé un peu plus de plongée sous-marine, des îles et villes un peu plus vastes et nombreuses à visiter, et peut-être craquerai-je un jour pour l’aventure de Kenway sûrement plus riche en contenu. Mais si la contrepartie est un jeu où les motivation du personnage donnent réellement envie de jouer et où on ne joue pas jusqu’à l’écœurement tant le contenu se répète, je choisi l’extension sans hésitation. Assassin’s Creed IV : Black Flag – Freedom Cry est un bon jeu. Oui, je sais…

1Je n’en ai pas parlé parce qu’ils sont réduit à peau de chagrin et je n’en ai vu qu’un seul qui soit  »récurrent » : un matelot qui monte à la vigie et se met à planer puis tomber dans le vide quand on est en train de naviguer. Ça a du arriver trois fois sur la douzaine d’heures auxquelles j’ai pu jouer.

Assassin's Creed® Freedom Cry_20140916154528

Publicités

5 réponses à “Freedom Cry

  1. La qualité des versions new gen au point de vue graphique est assez impressionnant, j’aurais jamais pensé trouver un assassin creed classe juste d’après une simple galerie d’image.
    Toujours pas de quoi me convaincre de tenter un jours un autre AC que le premier, mais le fait qu’il semble « gérer » sur la durée son scénario et maitriser un minimum son sujet est une preuve en soi que les miracles/espoirs/scénaristes existent encore chez Ubi.
    Test sympathique et légende très sympathique, toujours une très belle plume.

  2. @Inceptionniste: faut comprendre que ce qui le rend bon, c’est d’avoir compris ce qui n’allait pas dans la saga et ce qui allait et d’avoir fait un bon équilibre avec les qualités et les défauts. En fait au lieu de réellement corriger les défauts, genre de s’attaquer au moteur physique pour les déplacements etc, ils ont juste changé les proportions. Mais ça marche bien. T’enlève 80-90% de la frustration globale du gameplay déjà et tu rajoutes une super ambiance, et toute la partie marine qui est vraiment cool (et qui était le seul truc vraiment cool de ACIII d’ailleurs).

    @Sirtank: moi c’est surtout sur un moteur aussi vieux que le Anvil que je suis surpris. En juste uppant vraiment les textures, l’antialiasing, et quelques effets de lumière c’est assez nickel chrome. Après pour l’histoire c’est pas genre révolutionnaire, mais ça fait super bien son taffe et surtout on sait pourquoi on fait ce qu’on fait ce qui mine de rien est rare dans les jeux AAA d’aujourd’hui @_@.

  3. Je vais bientôt me lancer dans le jeu de base donc je verrai sans doute après pour cette extension. Ouais, tu m’as bien vendu le truc.

  4. Bon ben je viens de le finir, du coup j’ai lu ton test. J’avais a peu près le même ressenti que toi pour AC 4 mais étonnamment j’ai détesté cette extension. Peut être parce que, connaissant déjà par coeur la navigation (j’ai passé 30h quasiment que sur l’eau dans le 4), j’ai expédié ces séquences.

    Pour les phases à pied je suis pas du tout d’accord. Dans la séquence d’enquête (on a 3 a 5 enquetes a faire) à Port Au Prince, j’ai putain de mega galèré à suivre les gars qu’il fallait écouter, ou même le gars dont il faut faire les poches que j’ai du recommencer 5 fois parce qu’à chaque fois je me coincais quelque part ou l’animation s’enclanchait pas en appuyant sur rond… horrible.
    Et je sais pas s’ils ont rajouté du bordel sur les bateaux mais j’ai pas réussi une seule fois a me déplacer sur un bateau sans en sortir ou monter sur le mât sans le vouloir. Du coup pour les combats juste j’attendais les gars et j appuyait sur rond pour en massacrer un sinon je me bloquais contre un mur ou une poutre…

    Sinon les musiques sont en effet super, par contre c’est pas africain mais créole. D’ailleurs dans une des chansons le gars dit « New York City » alors qu’on est au 18eme siècle ^^

    Pareil l’histoire et personnage inintéressants (même si je surkiffe son modèle physique), surtout comparé à Kenway. L’esclavage comme terrain de jeu, bof. Adé ne peut s’acheter des armes que quand il a libéré un certain nombre d’esclaves, du coup tu vas libérer des esclaves pour t’acheter un nouveau mât de bateau @_@

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s